Escroquerie et Honte : conséquences psychologiques

Escroquerie et Honte : Quand la Victime se Sent Coupable d’Avoir été Trompée

Les conséquences psychologiques d’une fraude vont souvent bien au-delà des pertes financières. Pour certaines victimes, la honte, la culpabilité et la perte de confiance en soi deviennent des blessures particulièrement difficiles à surmonter.

Homm bouleversé consultant son téléphone après une fraude amoureuse et financière.
Une fraude amoureuse peut laisser des blessures profondes : trahison, honte, culpabilité et perte de confiance en soi.

Lorsqu’une personne découvre qu’elle a été victime d’une escroquerie, sa première réaction peut être la colère, l’incrédulité ou la panique. Elle réalise qu’on lui a menti, qu’on a abusé de sa confiance et parfois qu’elle a perdu une partie importante de ses économies.

Mais une autre souffrance peut rapidement apparaître, plus silencieuse et parfois plus persistante : la honte d’avoir été trompée.

« Comment ai-je pu être aussi naïf ? »

« Je suis pourtant quelqu’un d’intelligent. »

« Qu’est-ce que mes proches vont penser de moi ? »

Ces questions révèlent une dimension psychologique importante de l’escroquerie : la victime peut finir par porter sur elle-même un jugement plus sévère que celui qu’elle porte sur l’escroc.

Pourquoi des personnes intelligentes se font-elles escroquer ?

Il existe une croyance selon laquelle les victimes de fraude seraient principalement des personnes naïves, imprudentes ou insuffisamment informées.

Cette conception ne tient pas compte de la complexité des mécanismes psychologiques utilisés par les fraudeurs.

Les escroqueries modernes ne reposent pas uniquement sur de fausses informations. Elles exploitent également des mécanismes humains tout à fait normaux : le besoin de faire confiance, le désir d’aider, la recherche de sécurité, l’attachement amoureux, l’espoir d’améliorer sa situation ou la peur de subir une perte.

Un fraudeur habile ne cherche pas nécessairement à convaincre sa victime par une seule affirmation mensongère. Il peut progressivement construire une relation de confiance, présenter des preuves apparemment crédibles, établir un sentiment d’urgence ou exploiter une situation de vulnérabilité passagère.

Certaines escroqueries amoureuses, par exemple, s’appuient sur une relation affective développée pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois.

D’autres fraudes utilisent l’autorité apparente d’une institution bancaire, d’un organisme gouvernemental ou d’un professionnel.

La personne peut prendre une décision qu’elle croit raisonnable à partir des informations dont elle dispose au moment où elle agit.

Ce n’est qu’après la découverte de la supercherie qu’elle peut reconnaître les indices qui auraient pu éveiller sa méfiance.

Être trompé ne signifie donc pas nécessairement avoir manqué d’intelligence ou de jugement. Cela signifie qu’une autre personne a délibérément cherché à exploiter votre confiance.

Femme bouleversée consultant son téléphone après une fraude amoureuse et financière.
Une fraude amoureuse peut laisser des blessures profondes : trahison, honte, culpabilité et perte de confiance en soi.

La honte : une seconde blessure psychologique

La honte mérite une attention particulière parce qu’elle ne concerne pas seulement ce que la personne a vécu, mais également le regard qu’elle porte désormais sur elle-même.

Il existe une différence importante entre la culpabilité et la honte.

La culpabilité est généralement associée à une action : « J’ai fait quelque chose que je regrette.»

La honte est davantage associée à l’identité personnelle : « Je suis quelqu’un de stupide, de faible ou d’incompétent. »

Cette distinction est particulièrement pertinente lorsqu’une personne a été victime d’une escroquerie.

Elle ne regrette pas uniquement d’avoir transmis une information, investi de l’argent ou accordé sa confiance. Elle peut commencer à remettre en question sa propre valeur.

Une personne reconnue pour son intelligence, son autonomie ou ses compétences professionnelles peut vivre cette expérience comme une atteinte profonde à son image personnelle.

Elle se demande comment elle a pu commettre une erreur qu’elle considère désormais comme évidente.

Le problème est qu’elle évalue souvent sa décision passée avec des informations qu’elle ne possédait pas à ce moment-là.

Ce phénomène, appelé biais rétrospectif, peut accentuer le sentiment d’avoir été imprudente.

La personne peut alors transformer une expérience de manipulation en preuve supposée de son incompétence.

Quand la victime devient son propre accusateur

L’un des aspects les plus douloureux d’une escroquerie est que la personne peut progressivement reprendre à son compte le jugement qu’elle redoute chez les autres.

Elle se reproche de ne pas avoir posé davantage de questions, d’avoir ignoré certains indices ou d’avoir fait confiance à la mauvaise personne.

Ces réflexions peuvent avoir une fonction utile lorsqu’elles permettent de comprendre les circonstances de la fraude et de mieux se protéger dans l’avenir.

Mais elles deviennent psychologiquement dommageables lorsqu’elles se transforment en accusations répétitives contre soi-même.

« J’aurais dû savoir. »

« Je ne peux plus me faire confiance. »

« Je mérite presque ce qui m’est arrivé. »

La personne risque alors de perdre de vue un élément essentiel : la responsabilité de la tromperie appartient à celui ou celle qui l’a volontairement organisée.

Reconnaître certaines décisions personnelles, comprendre les circonstances dans lesquelles elles ont été prises et apprendre de l’expérience ne signifie pas devoir assumer la responsabilité morale de l’escroquerie.

Cette distinction peut représenter une étape importante du rétablissement psychologique.

Le regard des autres : pourquoi les victimes gardent-elles le silence ?

La honte se nourrit souvent de la crainte d’être jugé.

Une victime peut hésiter à raconter ce qui lui est arrivé à son conjoint, à ses enfants, à ses amis ou à ses collègues.

Elle anticipe des réactions comme :

« Comment as-tu pu croire une histoire pareille ? »

« Pourtant, on en parle partout dans les médias ! »

« Moi, je ne me serais jamais fait prendre. »

Même lorsque ces commentaires ne sont pas prononcés, la seule anticipation du jugement peut suffire à empêcher une personne de demander de l’aide.

Certaines victimes cachent ainsi leurs pertes financières, minimisent l’importance de l’événement ou tentent de régler seules une situation qui les dépasse.

Ce silence peut accentuer l’isolement et la détresse.

Il peut également retarder les démarches nécessaires auprès des institutions financières, des autorités policières ou des ressources d’aide psychologique.

La réaction de l’entourage joue donc un rôle important.

Une personne qui dévoile avoir été escroquée a généralement davantage besoin d’être écoutée, comprise et accompagnée que de recevoir une analyse immédiate de ses erreurs.

Les conséquences psychologiques d’une escroquerie

Les effets d’une fraude ne sont pas proportionnels uniquement à la somme d’argent perdue.

Une personne peut perdre quelques centaines de dollars et vivre une importante humiliation. Une autre peut subir une perte financière majeure sans ressentir la même atteinte à son estime personnelle.

Les conséquences dépendent notamment de la signification de la perte, des circonstances de la manipulation, du sentiment de trahison, de l’histoire personnelle et du soutien disponible.

Parmi les réactions possibles, on retrouve :

  • Une anxiété persistante et la peur d’être de nouveau trompé.
  • Des pensées répétitives concernant les événements et les décisions prises.
  • Un sentiment de honte, d’humiliation ou de culpabilité.
  • Une perte de confiance en son propre jugement.
  • Une méfiance accrue envers les autres.
  • Des difficultés de sommeil ou de concentration.
  • Un retrait social et une tendance à dissimuler l’expérience.
  • Une humeur dépressive, parfois accompagnée d’un sentiment de désespoir.
  • Ou parfois une rage / colère intense envers des représentations psychologiques ou même physique qui nous rappellent notre ou nos agresseurs

Dans certaines situations, particulièrement lorsque l’escroquerie comporte une manipulation affective prolongée, les réactions peuvent ressembler à celles observées après une expérience traumatisante.

Ces manifestations ne signifient toutefois pas que toutes les victimes développent un trouble psychologique.

La recherche scientifique reconnaît de plus en plus la diversité des conséquences psychologiques de la fraude, notamment le rôle de la honte, de la trahison et de la perte de confiance.

L’escroquerie amoureuse : la perte d’argent et la perte d’une relation

Certaines escroqueries comportent une dimension psychologique particulièrement douloureuse : les fraudes amoureuses.

Dans ces situations, la victime peut perdre davantage que de l’argent.

Elle peut également perdre une relation dans laquelle elle avait investi du temps, de l’affection, des projets et des espoirs.

Lorsqu’elle découvre la tromperie, elle doit parfois faire face à deux réalités simultanément : les pertes matérielles subies et l’effondrement d’une relation affective qu’elle croyait authentique.

Le sentiment d’avoir été aimée, reconnue ou désirée faisait partie de son expérience émotionnelle réelle, même si les intentions du fraudeur étaient mensongères.

Il serait donc réducteur de lui demander simplement d’oublier cette relation sous prétexte qu’elle reposait sur une supercherie.

La souffrance ressentie peut s’apparenter à un deuil, auquel s’ajoutent la honte et le sentiment d’avoir été manipulé.

Pourquoi certains hommes vivent-ils cette honte particulièrement difficilement ?

Pour certaines personnes, notamment des hommes ayant appris à valoriser fortement l’autonomie, la compétence et la maîtrise de leurs émotions, reconnaître avoir été trompé peut représenter une épreuve supplémentaire.

Leur difficulté ne réside pas nécessairement dans l’incapacité de reconnaître les faits, mais dans la signification personnelle qu’ils leur donnent.

« Je suis censé être capable de me débrouiller seul. »

« À mon âge, je devrais avoir plus de jugement. »

« Je ne veux pas que ma famille perde confiance en moi. »

Lorsque l’identité personnelle repose en partie sur la capacité de protéger ses proches, de bien gérer ses finances ou de résoudre les problèmes sans aide, l’escroquerie peut ébranler plusieurs dimensions de l’estime de soi.

Il ne s’agit pas d’une réaction exclusive aux hommes. Mais certaines attentes sociales entourant la masculinité peuvent rendre plus difficile l’expression de la vulnérabilité et la recherche de soutien.

Reconnaître sa souffrance ne constitue pourtant pas une preuve de faiblesse.

Il peut s’agir, au contraire, d’une démarche qui exige du courage et une capacité de remise en question constructive.

Comment retrouver confiance en soi après une fraude ?

La reconstruction psychologique ne consiste pas à oublier ce qui s’est produit ni à se convaincre que les pertes n’ont aucune importance.

Elle consiste plutôt à redonner à l’événement une place proportionnée dans l’histoire personnelle, sans en faire une définition de sa propre valeur.

Comprendre les mécanismes de manipulation

Reconstituer les événements peut permettre de mieux comprendre comment la confiance a été établie, comment certaines informations ont été présentées et pourquoi les décisions prises semblaient raisonnables à ce moment-là.

Cette compréhension peut remplacer une partie de l’autocritique par une analyse plus juste de la situation.

Distinguer l’erreur de la valeur personnelle

Une décision regrettée ne résume ni l’intelligence, ni les compétences, ni la valeur d’une personne.

Il est possible de reconnaître une erreur de jugement sans transformer cette erreur en condamnation de soi.

Briser progressivement le silence

Partager son expérience avec une personne digne de confiance peut réduire l’isolement.

Le choix de se confier doit toutefois respecter le rythme et les limites de chacun.

Il n’est pas nécessaire de raconter publiquement son expérience pour entreprendre un processus de rétablissement.

Retrouver son pouvoir d’agir

Après une escroquerie, plusieurs victimes ressentent une importante perte de contrôle.

Entreprendre des démarches concrètes, protéger ses comptes, demander de l’information et établir de nouvelles mesures de sécurité peut contribuer à restaurer un sentiment d’efficacité personnelle.

L’objectif n’est pas de devenir méfiant envers tout le monde, mais de retrouver progressivement la capacité d’accorder sa confiance avec discernement.

Quand consulter un psychologue après une escroquerie ?

Une consultation psychologique peut être utile lorsque la honte, la culpabilité ou la perte de confiance continuent d’affecter la qualité de vie.

Cela peut notamment être le cas lorsqu’une personne :

  • Revient constamment sur les circonstances de l’escroquerie.
  • Se juge durement et éprouve de la difficulté à se pardonner ses décisions.
  • Évite ses proches par peur d’être humiliée.
  • Ressent une anxiété importante ou une méfiance envahissante.
  • Perd confiance en sa capacité à prendre des décisions.
  • Présente une détresse émotionnelle persistante.

Le travail psychologique peut aider à reconnaître les mécanismes de manipulation, à explorer les sentiments de honte et de culpabilité, à comprendre l’atteinte à l’estime personnelle et à reconstruire progressivement une perception plus juste de soi-même.

Il peut aussi permettre de reconnaître certaines vulnérabilités personnelles sans transformer celles-ci en défauts ou en faiblesses.

La victime n’a pas à porter la honte de l’escroc

Une escroquerie est avant tout un acte de tromperie intentionnelle.

La victime peut avoir commis une erreur, accordé sa confiance trop rapidement ou pris une décision qu’elle regrette profondément.

Mais elle n’a pas choisi d’être manipulée.

La honte peut devenir particulièrement destructrice lorsqu’elle amène une personne à se définir à partir de cet événement plutôt qu’à partir de l’ensemble de son parcours, de ses capacités et de ses valeurs.

Avoir été trompé ne signifie pas être une personne sans jugement. Avoir accordé sa confiance ne signifie pas être faible. Et demander de l’aide ne signifie pas être incapable de se prendre en charge.

Il est possible de tirer des enseignements d’une expérience douloureuse sans continuer à se punir pour l’avoir vécue.

Besoin d’accompagnement psychologique ?

Si vous avez été victime d’une escroquerie et que cette expérience continue d’affecter votre estime personnelle, votre confiance ou votre bien-être psychologique, une démarche de consultation peut vous aider à comprendre ce que vous vivez et à retrouver progressivement votre équilibre.

Services de psychologie au Saguenay et possibilité de consultation à distance (consultation à distance conditionnel à certains critères)

Pour une consultation psychologique avec le Dr Boivin, Psychologue


Ressources pour les victimes

Pour signaler une fraude au Canada, vous pouvez communiquer avec le Centre antifraude du Canada au 1 888 495-8501, votre institution financière et votre service de police local.

Ces démarches peuvent être entreprises parallèlement à une demande de soutien psychologique.

À propos de Jean-François Boivin

Je suis membre de l'Ordre des psychologues du Québec et je pratique la psychothérapie ou le coaching auprès d'adultes, principalement des hommes. J'accepte également des militaires vétérans sous couverture régulière de la Croix-Bleue ainsi que des autochtones sous couverture SSNA. J'accepte certains mandats en télépratique, conditionnel à une vérification rigoureuse pré-travail psychothérapeutique.
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